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Spanking party au Tarass Club

by Fabrice Martin

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Ce soir, dixième du mois de mai, je me suis rendu à un dîner du Club des Amis du Fouet. C’était très convivial. Membres réguliers de celui-ci ou simplement sympathisants, nous pouvions être une quarantaine. J’ai retrouvé plusieurs amis, un certain Pierre, entre autres, que j’apprécie grandement, et dont m’inquiétait depuis plusieurs mois l’absence de nouvelles. Il m’a paru en bonne forme. Bien au fait de ma passion pour le théâtre, il s’empressa de m’informer au sujet de manifestations organisées, cette année même, en l’honneur de l’une de ses plus grandes gloires. Pierre possède des atouts naturels s’accordant à l’expression dramatique : un beau regard, bleu, clair et droit, une voix grave, au timbre profond d’où s’émettent, quelque peu musicaux, des sons agréables, qui n’ont nul besoin d’un surcroît d’effort pour se faire entendre. Grande, forte, sa stature contient tous ces avantages et pourrait en imposer. Une autorité évidente s’en échappe, sorte de privilège mais qui cesse d’en être un puisqu’il s’emploie à ne pas trop le souligner. Pourquoi Pierre fait-il un complexe par rapport à son âge ? Il n’en a pas lieu, je crois.

Une collation inaugurait les travaux à venir. Nous y prîmes part. Deux magnifiques garçons, Damien et Florent, à la peau claire, aux cheveux châtain courts, en assurait le service. A en croire le masque encore poupin de leurs visages, ils n’avaient pas trente ans et se ressemblaient comme des frères qu’ils ne sont pas dans la réalité. Avec des élans de danseurs, ne laissant pas d’aller aux tables et d’en revenir, souriants, ils déambulaient impulsés par une grâce, franchissant très librement les mains qui parfois cherchaient à les effleurer, n’opposant à leur passagère agression aucune moue réprobatrice, qui pût signaler qu’ils s’en offensaient.

De plat en plat, ils s’effeuillèrent si bien qu’au dessert ils figuraient en tenue d’Adam. Après le repas, quelques martinets sont sortis de leurs cachettes. D’en voir à nouveau s’agiter, j’étais un peu ému. Avec mes jambes nues, je courais un grand risque. On a voulu me corriger. Quelque félin issu de l’ombre planta devant moi sa silhouette encore jeune, élégante, élancée. Avec une voix douce et persuasive, dont, la fatigue ne m’aidant pas, je n’étais plus en état de réfuter les arguments, il entendait me démontrer son savoir-faire. Il était près de minuit. Invité par lui à tâter entre mes doigts les onze lanières de son instrument, rassuré quant à leur souplesse, je parvins tout de même à le convaincre de reporter à un autre moment l’essai sur moi de leur usage.

Au vrai ce n’est que pour quelques heures, car nous sommes convenus de nous rejoindre, ce samedi même, dans Paris, au Tarass Club pour la spanking party du Club des Amis du Fouet. Sûr de contenter Johann (c’est le prénom dudit félin), ne voulant pas le décevoir, j’ai promis de me présenter à lui dans l’une de mes chères kurzen Lederhosen quoique leur seconde peau sur celle de mes fesses ne les puisse protéger qu’à titre provisoire. Car... il va me fouetter, d’abord sur les cuisses, puis, fatalement, short et slip seront abaissés. Quant à la suite, inutile de faire un dessin....

Donc, samedi 20 mai, de 15 à 18 heures, avait lieu au Tarass Club (Rue de P..., à Paris 8ème), la spanking party du Club des Amis du Fouet. J’avais promis de m’y rendre. J’ai tenu parole. Dès le début d’après-midi j’ai ressenti les premières affres de l’appréhension, cet état bien connu des punis, étrange mélange de craintes et d’attrait de l’inconnu. Pour m’aider à en déjouer les effets qui gagnaient mon corps, surmonter, évincer la tentation insidieuse de renoncer à mon projet, j’ai préféré marcher. De mon domicile au temple des supplices, la distance n’est que de deux kilomètres. Il était déjà plus de dix-sept heures quand je me suis fait violence et mis en mouvement, juste vêtu d’un short en cuir et d’un sweat-shirt, comme prévu la veille. D’une démarche souple, j’ai filé d’une rue, d’une avenue à l’autre, croisant parfois sur les trottoirs, mais sans les laisser m’atteindre, les yeux d’un promeneur étonnés par mon apparence. Je les dégustais alors, défiant le piéton au pas ralenti, mon propre regard le toisant du plus haut qu’il pouvait, comme pour le renvoyer à plus d’humilité. Une mâle fierté m’assurait. Projetée à travers la ville, giflée de vent, dans la lumière crue d’un soleil de mai, qui ne s’était levé qu’en soirée, elle ne visait qu’à la gloire des épreuves dont elle avait osé rêver. Loin d’être orgueil, elle prétendait à l’héroïsme. Dix-sept heures quarante, l’ultime rue, les numéros épelés l’un après l’autre, 31, 29, 27, c’est là. Mais non, là n’est qu’un porche semblable aux autres, avec sa code box. Un pas, un pas encore... et voici le club, discrètement encastré dans un coude que fait la juxtaposition des immeubles à cet endroit.

J’entre. Il faut gravir quelques marches avant d’atteindre le bar d’accueil, puis de voir apparaître, à droite, dans l’une des salles non cloisonnées, rivée à l’un de ses murs, une croix de Saint-André ! Une vraie, une belle, écartelant ses quatre membres de bois blanc laqué, dont les extrémités sont ornées de solides bracelets de cuir offrant leurs courroies pendantes aux victimes appelées à s’accoupler à elle, leur fournissant aux poignets, aux chevilles, en vue du fouet, des flagellations à subir, les attaches si nécessaires à l’immobilisation du corps ! C’est la première fois qu’il m’est permis d’en voir une, je m’en approche, j’ose la toucher, en caresser le doux vernis, comme pour l’apprivoiser. Tant de douceur pour tant de sévérité, voilà qui donne à réfléchir ! Meublant tout l’angle droit de cette partie de pièce aménagée pour qu’elle en soit le point focal, un coin de banquettes, spacieuses et confortables, l’offre à contempler, dont je soupçonne que les places ne vaqueront plus aux heures, chaudes, des corrections enchaînées.

Plusieurs visages sont là, les uns, plus ou moins familiers, que je ne saurais éviter de saluer, les autres, par moi flairés de même espèce, à découvrir... Bien vite, je me mêle à ce monde de présences félines, alerte, effronté, explorant les lieux dans un élan de curiosité que n’entravent plus peur, ni timidité. Les lumières sont tamisées. La chaleur étouffante oblige les corps à se mouvoir avec lenteur. A chaque pas, risquant de choir dans les filets d’un regard de fauve, je me sens devenir proie. Non sans complaisance, je m’en laisse observer. Puis c’est la descente.

L’antre, dont m’attirent les entrailles mystérieuses, se décline vers le sous-sol sur trois niveaux auxquels on accède par un étroit escalier en colimaçon. Je fais un tour rapide du premier palier, m’y égarant, plutôt ravi, dans des couloirs labyrinthiques ; puis je m’arrête au deuxième, et le survole de même façon, devant parfois m’arracher aux menaces d’une main sévère, à ses muettes invitations, feindre de n’en pas ouïr les discrets impératifs, ou d’occulter, brandi par elle, tel instrument en mal de fonctionner, dont la sollicitation ne décroît pas. Je ne serais pas autorisé à pousser un degré plus bas mes investigations. Car, ce second tour révolu, quelle n’est pas ma surprise, alors, de voir se préciser dans le champ immédiat de mon regard les contours de Johann ? Johann rencontré la veille, au martinet de qui je suis voué par les effets d’une promesse, quelque peu téméraire, m’ayant engagé envers lui. Dos tourné de trois quarts, penché à demi auprès d’une victime n’ayant pas reçu tout son compte de punitions, absorbé comme il l’est encore dans la tâche de les lui appliquer, dans de telles conditions, comment pourrait-il percevoir si peu que ce fût de ma présence ? Je me figure donc pouvoir passer mon chemin sans en être aperçu, lorsque... interpellé, quelques secondes plus tard, par ledit opérateur rôdant alentour, provisoirement désoeuvré, les quelques mots de refus poli que je lui renvoie alors, et sur un ton si peu convaincant, n’ont sur lui que peu d’effet dans la voix qui me trahit. Johann l’a reconnue, et je lis la surprise heureuse sur son visage qui me tient maintenant dans sa capture.

Johann a dans ses mains le martinet à onze lanières. Il est là dans la pénombre, plein d’élégance : pantalon clair, pull carmin en maille légère, chemise à col ouvert. Il vient de libérer sa dernière victime. Ça va être mon tour. Comment en douter ? Le plus dur en ce moment, c’est de me soustraire à l’emprise de la douceur qui émane de la personne de Johann. Elle agit vers moi tel un charme. Mes instants sont comptés. Et je le sais. Alors je fais, du moins je tente, ce que j’ai coutume de faire en pareil cas, à savoir une diversion. Pour reprendre un peu d’assurance, montrer que je ne crains rien, tu vois, j’ai tenu parole, dis-je sur un ton faussement dégagé, je suis venu

— Tu es en retard, observe Johann. Piqué par ce reproche, je bafouille un peu ; j’invoque mille raisons pour m’excuser, des courses que j’ai dû faire, un imprévu de dernière minute, je ne sais quoi... autant d’arguments dont il n’a cure.

— L’essentiel c’est que je sois là, n’est-ce pas ? dis-je en dernier recours pour me justifier. J’avais promis de venir, jambes nues en culotte de cuir, et de me présenter à toi pour la fessée. Eh bien, c’est chose faite.

— J’en suis ravi. Cela me rappelle mes années d’étude autrefois en Allemagne. L’été surtout. Dans la forêt, sur les chantiers, les bûcherons, les ouvriers étaient magnifiques. J’aimais les regarder. Tous portaient la culotte de cuir !

Johann me contemple. Est-il besoin de préciser que mon short reçoit son approbation ? Ses mains en sont déjà à palper le cuir, à en caresser les lisses surfaces. Je perçois leur chaleur communicative, enveloppante à l’entrejambe ; je sens une poigne qui tend à resserrer son étreinte, mon intimité torturée par d’insistantes pressions, livrée aux chatouilles, et des sensations voluptueuses, que provoquent des mouvements exquis... Qui n’en frémirait ? Bientôt je perdrais pied si, me ressaisissant, je ne demandais à Johann d’être mon guide dans la poursuite de l’exploration des lieux.

Ma requête est agréée. Je suis Johann dans un dédale noir de couloirs étroits, plein de recoins engageants, passant d’un petite pièce, d’une cabine à l’autre, la plupart non fermées. Mais dans certaines on peut s’isoler ; j’en choisis une, et j’ai l’audace d’y pénétrer ; de m’asseoir au fond, dans l’angle des cloisons qui ne vont pas jusqu’au plafond. Vissée à l’une de celles-ci, la planche est de bois rude. Je laisse pendre mes jambes, qui s’entrouvrent. Ma timidité devient défi. Je suis prêt...

Fouetter un garçon en culotte de cuir ! Je vais te fouetter, m’assure Johann. Il dit que je l’ai mérité. Il dit qu’il aime fouetter un garçon quand il l’a mérité. Il me dit tout cela, me couvrant de baisers, revenant sans cesse à mes zones vulnérables qui se cabrent inutilement, à l’entrecuisse bardé de cuir où s’avouent leur message, le cri silencieux des chairs défaillantes ; torturant, à travers le short, un membre dur, et tant de trésors...

Dans cette posture où je me laisse aller, ma conscience vacille, des souvenirs reviennent, tel celui-ci, que je revis dans toute sa cruelle réalité.

Je venais d’avoir dix-huit ans et, me croyant un homme, m’imaginais de taille à surmonter le pire. Je passais des vacances dans une antique maison familiale en compagnie de deux de mes cousins, légèrement plus âgés que moi. Le fait d’être tous en short atténuait entre nous les différences. Ainsi exposées, leurs cuisses ne pouvaient, plus que les miennes, échapper aux regards des adultes à la surveillance desquels nous étions confiés, et ces regards promettaient à tous une égalité de traitement susceptible d’aller jusqu’à des sévérités pour le moins claquantes ! En dépit d’un tel risque, mes cousins entendaient faire valoir leur statut d’aînés, et je m’appliquais à n’en faire aucun cas. Ma jeune fierté les agaçait. Un jour, après le déjeuner, dans le grenier où, dédaignant leurs jeux, j’avais coutume de me réfugier une paire d’heures pour lire en paix, aidés d’une bande de lascars qui répondaient présent au moindre de leurs appels, ils entreprirent de me surprendre. Là, parmi toutes sortes de vieilleries, de fauteuils éventrés plus ou moins, s’amoncelaient d’anciens matelas fournissant de quoi m’étendre. J’aimais l’endroit, sa tranquillité, l’odeur de moisi qui y régnait. Elle provenait de toutes ces choses jetées pèle mêle sur le sol, qu’aucun rangement n’avait préservées des morsures de l’humidité. Parfois, soulevant les tas, quel n’était pas mon bonheur d’en extraire une culotte courte d’autrefois, qui me rappelait mes quatorze ans, et l’ombre du pupitre où, dès que le professeur avait le dos tourné, s’aventurait jusqu’à mes cuisses la main fébrile d’un camarade. Mon peu de résistance à ses manoeuvres l’incitait à les poursuivre vers la zone interdite, qu’il sentait déjà vaincue. Ainsi provenait des lots retrouvés, adoptée pour la circonstance, l’infâme vêture dont je ne me séparais plus. Courte à l’envi et bien moulante aux fesses, elle était tout ce qui restait d’un bon vieux jean, usé, délavé. Avec ses quatre rivets métalliques, dure, baillant un peu vers son sommet, la braguette dont elle était munie possédait un charme irrésistible, captant les yeux, les accrochant, appelant vers elle les secours de poignes solides !

Mollement étendu sur quelque couche improvisée, je reposais sur le ventre coudes pliés, bras en équerre, tenant ma tête au-dessus du livre qui m’accaparait. Et je me tortillais dans ce lieu, y savourant la clandestinité de mon séjour. Je croyais être seul tandis qu’après l’avoir serré entre mes mains frémissantes, tendrement pétri, le prenant pour un cheval virtuel, j’allais m’écarteler sur un traversin d’aspect douteux, maculé d’auréoles, dont certaines fixées par le temps, quasi indélébiles, semblaient être les t