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L'heure de la fessée

by Fabrice Martin

Copyright on this story text belongs at all times to the original author only, whether stated explicitly in the text or not. The original date of posting to the MMSA was: 07 Feb 2018


L’heure de la fessée approche. Anxieusement, je regarde ma montre : 15 heures 30. Tous trois, nous mijotons depuis, déjà, un bon quart d’heure. Triste est le sort qui nous attend, et chacun d’entre nous, quelque effort qu’il déploie à l’envisager du haut de ses vingt ans fraîchement sonnés, en appréhende secrètement les affres tant vantées. Encore avons-nous cette consolation d’être ensemble à patienter. Compagnons d’infortune. Solidaires face à l’épreuve !

Conrad, lui, paraît tranquille et décontracté, croisant et décroisant sans cesse ses belles jambes nues, promises pourtant, non moins que les nôtres, à danser prochainement sous le fouet. J’admire comment, tel un patient ordinaire dont le tour est fixé chez le dentiste, il parvient encore à parcourir avec autant de curiosité les nombreuses revues empilées sur la table basse, qui s’allonge au centre de la pièce. Pièce maudite entre toutes ! Austère et sombre galerie de portraits d’ancêtres dont les mines patibulaires prétendent imposer le plus grand respect. Lieu terrible, en effet, où, presque chaque jour, depuis des années, tant de garçons se voient invités à se recueillir quelques instants avant d’offrir leurs fesses à la brûlure des lanières. Quant au grand Philip, dont la réputation de sérieux n’est plus à faire, notre modèle à tous, son regard, embué de larmes naissantes qu’il s’efforce de retenir, demeure invariablement rivé sur l’extrémité de ses baskets. Il faut dire qu’il ne s’attendait pas à ça. Devoir essuyer une correction sur les fesses, comme le premier galopin venu, voilà bien des années que pareille humiliation ne lui avait pas été infligée. Le pauvre ! Sur un tempérament aussi fier que le sien, l’impact de la honte est considérable. Alors il préfère se concentrer pour être prêt, ce qu’il fait consciencieusement.

Le temps semble s’être arrêté. C’est pire qu’un examen. Nous n’osons pas échanger la moindre parole et le silence devient pesant, oppressant. Et le doyen tarde à venir ! Exprès peut-être, pour mieux nous mettre en condition. Quand il apparaîtra, ne sera-ce point le signal de notre délivrance, l’instant béni de notre salut ? Alors, décontenancés, privés de toute force de réagir, il nous trouvera dociles et parfaitement soumis, juste à point pour aller, sans broncher, recevoir de sa main lourde et généreuse, chacun à notre tour, les fessées méritées mais salvatrices qui nous libéreront de toute angoisse. Ce moment redoutable, nous en venons presque à le souhaiter, tant l’attente nous paraît de plus en plus cruelle !

M. Robert, le secrétaire du doyen, sort parfois de son cabinet de travail, situé juste à côté, dont il a pris soin de laisser la porte ouverte, histoire de s’assurer que nous sommes toujours là. En nous voyant sagement assis, vulnérables et désemparés, sur la banquette de cuir vieilli qui glace nos cuisses trop découvertes, aux chairs musculeuses et absolument lisses, intactes pour peu de temps encore, peut-être sera-t-il gagné par la pitié et, passant l’éponge pour cette fois, nous renverra-t-il en fin de compte dans notre classe sans que les choses aillent plus loin. Nos regards suppliants s’accrochent au sien, pleins d’espoir. Ils en disent plus que tout un long discours. Oh, m’sieur, s’il vous plaît, laissez-nous partir. Nous promettons de ne plus recommencer. Oh, pitié, pitié m’sieur ! Ne nous laissez pas punir. Soyez gentil ! Oh, s’il vous plaît... Certainement de tels mots, quoique non exprimés, doivent se former dans la pensée de M. Robert. Car, c’est un tendre, sous son masque d’impassibilité, et voir sévir lui répugne, profondément. Du moins, nous le sentons et voulons croire un moment qu’il va fléchir, vaincu par notre désarroi. Hélas, pivotant vivement sur ses talons, il s’en retourne d’une façon tout aussi soudaine dans son bureau et nous abandonne à l’abîme de nos réflexions. En voyant s’évanouir une chance irremplaçable d’échapper à la fatalité du destin, chacun de nous peut alors lire sur le visage de ses deux camarades cette même consternation qu’il leur donne à contempler.

Nous avons fait les guignols et nous sommes allés un peu trop loin ? Oui, c’est exact. Enfin, derrière ce nous se cache, en vérité, la classe dans son ensemble, mais nous avons été désignés pour payer la note. Dans le silence feutré de la pièce où nous nous engouffrons, j’ai tout loisir de revoir le film des événements, l’arrivée glaciale de M. Schwarz, notre professeur de langue allemande, homme particulièrement strict et sans humour qui ne plaisante jamais sur le chapitre de la discipline. D’ailleurs, peu d’entre nous se risquent à le braver car, simple mot chuchoté à l’oreille du voisin, rires même étouffés, échange de messages, que nous soyons pris sur le fait ou seulement soupçonnés, tout est pour lui prétexte à nous expédier chez le doyen, pour une explication, munis de la demande de sanction cuisante en forme de billet bleu, motivée comme lui seul sait le faire.

Cette fois, pour nous venger, un véritable complot avait été organisé dans le but de ridiculiser une bonne fois M. Schwarz, de renverser pour longtemps de son piédestal cet homme hautain, gonflé d’importance, que nous jugeons fort peu sympathique. Une leçon en quelque sorte ! Posée sur le coin du tableau, la boîte métallique renfermant les bâtons de craie dissimulait une vraie surprise pour le prochain utilisateur non averti. Il était écrit que M. Schwarz serait celui-là. Nous savions tous que chacun des ustensiles en question avait été revêtu pour la circonstance d’un préservatif, soigneusement déroulé par des mains coquines. Mais lesquelles ? Trop large, évidemment, pour enserrer avec fermeté le mince objet, certes raide, mais dont le volume ne saurait, à l’évidence, varier, de quelque manière qu’on l’appréhende, le capuchon de latex resterait à très court terme seul dans les doigts du professeur, laissant choir sur le sol son friable contenu. Et c’est bien ce qu’il advint pour notre plus grande joie ! L’explosion d’hilarité qui s’ensuivit, immédiatement amplifiée par d’autres tentatives tout aussi inadéquates de M. Schwarz, dura dix bonnes minutes sans parvenir à décroître en dépit des vociférations maladroites et désespérées de notre cher professeur. Notre victoire sur lui était totale. Nous la savourions sans réserve et unanimement. Réalisant que sa colère était inopérante, M. Schwarz y renonça et préféra retourner s’asseoir à son bureau, sans plus mot dire, attendant que ça se passe. Peu à peu le calme revint, très précaire au début compte tenu des derniers spasmes de gaieté qui continuaient à tordre nos organismes d’une façon quasi mécanique.

Des noms, je veux des noms, suis-je assez clair, jeunes gens ? Que les auteurs de cette pitoyable mise en scène veuillent bien se découvrir ! lança vers nous M. Schwarz sur un ton d’autorité retrouvée. S’ils en ont toutefois le courage ajouta-t-il, avec une nuance de mépris. Ils ont cinq minutes pour se découvrir. Pas une de plus. Au-delà de ce délai, je prendrai au hasard trois d’entre vous dont les tendres fesses seront, séance tenante et sans recours possible, livrées au bon plaisir de Monsieur le doyen pour le juste châtiment qui s’impose après tous ces incidents. Ces derniers mots avaient de quoi faire réfléchir. Le silence était maintenant absolu mais les têtes demeurèrent impénétrables et personne ne se manifesta. N’avions-nous pas donné, par avance, notre accord pour tout ce qui venait de se produire ? Dès lors que, tous sans exception, nous avions pris notre part de la réjouissance générale, tacitement aucun d’entre nous n’aurait souhaité voir se démasquer les opérateurs de la farce. La loi du silence fut donc respectée et, à l’issue de la période écoulée, un peu kamikaze sur les bords, je ne pus me retenir de faire à M. Schwarz la remarque suivante qui ne manqua pas de relancer l’hilarité générale : se découvrir, M’sieur ? Vous savez, par les temps qui courent, mieux vaut sortir couvert ! Très bien, Ralph, continuez comme ça, c’est ainsi qu’on vous apprécie, mais il serait dommage de priver M. le Doyen du récit de vos hauts faits. Votre compte est bon. Vous pouvez vous préparer ! Mes deux potes les plus proches, Conrad, assis à ma gauche et, Philip, à ma droite, me manifestèrent très spontanément leur solidarité entourant mes épaules de leur bras chaleureux en même temps qu’ils défiaient M. Schwarz d’un regard narquois. On est avec toi, vieux frère. A la vie, à la mort ! C’était plus que n’en pouvait aujourd’hui supporter M. Schwarz lequel, pour en finir, résolut de les associer au triste destin qui m’attendait.

Je n’ai pu m’empêcher de sourire à cette évocation. Dix minutes se sont écoulées. Dix minutes seulement ? On dirait que le temps fait du sur place. L’angoisse qui m’étreint semble accentuer les sécrétions naturelles de mon organisme. Je demande à M. Robert la permission de me rendre aux toilettes.

Jambes écartées face au récipient de faïence fixé au mur, j’ai presque fini mais Conrad qui m’a suivi de peu pour les mêmes motifs, du moins, je le crois, a tôt fait de prendre place juste à côté de moi, à ma droite. Je suis sur le point de me reboutonner. Une main frôle doucement ma cuisse droite, remontant peu à peu vers la voûte interdite de l’entrejambe de mon short. Celle de Conrad ! Ma surprise est immense. Je ne m’attendais pas, de sa part, à ce geste... d’amitié. Comme je demeure figé, sans réaction, il se croit autorisé à poursuivre ses explorations et voilà bientôt sa main très chaude plongée au fin fond de ma braguette béante, pétrissant énergiquement tous mes trésors cachés. A grand peine, j’articule quelques mots en guise de SOS. Arrête, Conrad, je t’en supplie... Non, tu es fou, arrête ! Mais c’est déjà trop tard. Il n’en a cure, il poursuit de plus belle ses manipulations. D’ailleurs, j’ai beau protester avec une maladresse visiblement trop accueillante, je suis trahi par mon corps qui ne fait que s’écarter davantage afin d’offrir un champ plus libre aux exercices digitaux de mon voisin. Le point de non retour paraît presque franchi et il faudrait que je fusse vraiment de bois pour résister encore aux délices provoquées par ces attouchements qui assiègent sans relâche mon intimité.

Conrad se rend bien compte du combat qui se livre en moi. A l’évidence, cela l’excite de me voir tiraillé entre des courants contradictoires, celui par trop faible de mes protestations verbales et celui tyranniquement sauvage de mon corps affamé qui ne demande que ça. Et puis il y a le danger de la situation elle-même, la peur de nous voir pris l’un et l’autre la main dans le sac, le vertige enivrant de ces instants fugaces qui veulent l’éternité.

Pourquoi Conrad a-t-il fait ce geste, aussi risqué, en direction de ma braguette ouverte ? Pour y semer, m’invitant à les savourer à la sauvette, quelques instants de plaisir intime, dérobés à la pesanteur ambiante ?

Peut-être simplement pour me détourner de l’état d’angoisse qu’il aura perçu à mon contact tandis que j’étais perdu dans le dédale de mes souvenirs ; comme si, cherchant à m’en divertir, c’est à dessein qu’il avait choisi ce moyen surprenant pour me conduire à la détente. Cette hypothèse me séduit et je suis reconnaissant à mon camarade de ses efforts en ce sens, qu’il persiste à prodiguer. Afin de collaborer sans réserves aux délices que m’inflige Conrad, cela me semble à présent naturel de me tourner bien en face de lui, de lui fournir le plus franc des accès en direction de mes chairs vulnérables, et d’y laisser opérer ses deux mains actives. Tandis qu’il s’acharne à les multiplier, je m’abandonne à ses manœuvres. Tous deux nous oublions l’endroit où nous sommes.

Notre séjour s’y attardant devient de plus en plus clandestin. Mais l’œil de Stephen, le dévoué surveillant, qui rôde dans les couloirs, dans les moindres recoins, attentif, vigilant, à l’affût toujours d’une incartade, d’un geste suspect, attaché de très près à la personne de M. Robert, dûment chargé par ce dernier de les lui rapporter quand l’exige une situation de comportement transgressif de la norme, des règles générales, cet œil exercé n’a pas manqué de nous pister, depuis le début. Il doit trouver excessif le temps que nous passons l’un et l’autre en de tels lieux. Que nous en prenons un peu trop à notre aise, et qui sait s’ils n’auraient pas, ces lieux, mérité, en l’occurrence, l’aimable qualificatif d’aisance qu’on leur adjoint généralement ? Peut-être se doute-t-il, en réalité, de notre petit jeu mais il se garde encore d’intervenir pour nous surprendre au bon moment, en flagrant délit.

Soudain la porte s’ouvre. Trop tard ! Stephen a tout vu. Il a vu les mains de Conrad en train de s’agiter au plus profond de ma culotte.

Mais il feint de n’y prêter aucune attention. Vous êtes attendus chez le doyen, jeunes gens, depuis quelques minutes. Ce retard est fâcheux. Veuillez vous dépêcher, nous avertit Stephen, sur un ton de menace. Nous n’avons que le temps de nous rajuster, de rectifier notre tenue encore débraillée, de rafraîchir d’un peu d’eau froide notre visage empourpré par l’émotion, puis nous nous appliquons à sortir le plus naturellement du monde comme si rien d’inconvenant n’avait eu lieu.

Mais pourquoi tant de hâte ? L’information doit remonter de Stephen à M. Robert, puis jusqu’à Monsieur le Doyen, et cela prendra bien quelques minutes d’attente supplémentaire qu’on nous invite à savourer dans la salle du même nom.

Après avoir, d’une façon très protocolaire, été annoncés par Monsieur Robert à Monsieur le Doyen, ayant été avertis par le premier d’avoir à nous justifier auprès du second, c’est-à-dire à lui préciser les motifs de notre absence inopportune, cause de retard et circonstance aggravante, nous franchissons le seuil du bureau fatal. De sa voix la plus glaçante, le maître suprême nous accueille alors d’un Messieurs, j’ai failli attendre, qui ne présage rien de bon pour nos fesses. Sans nous faire remarquer davantage, nous rejoignons le cher Philip, introduit plusieurs minutes avant nous, et prenons place à son côté, adoptant tout comme lui la pose disciplinaire requise : mains sur la tête, jambes écartées.

M. Spencer est un homme intimidant par sa taille supérieure à la moyenne, sa forte carrure d’ancien rugbyman, et c’est un doyen encore jeune d’esprit et d’allure malgré les fils argentés qui ornent ses tempes avantageusement. Ses manières empreintes de charme évoquent la majesté. Et il est difficile à ses interlocuteurs de ne point succomber à la puissance de séduction qui en émane. Tous, nous le respectons et, malgré la sévérité dont il saura, mieux qu’aucun autre, user très prochainement à notre égard, s’il juge qu’en effet nous l’avons mérité, nous ne pouvons nous empêcher de l’admirer. Lorsque, de sa voix grave, profonde et chaleureuse, il nous explique, avec des accents si persuasifs, que c’est pour notre bien qu’il va nous fouetter, finalement nous pourrions nous rallier à ses vues pleines de sagesse. Après tout, n’est-ce pas nous qui le contraignons à jouer ce bien mauvais rôle ?

Mais tout d’abord Conrad et moi sommes invités à nous expliquer sur les véritables raisons de notre léger retard, si regrettable. Avec maladresse, une certaine confusion, nous finissons par inventer que nous avions ressenti la nécessité de nous retirer dans les toilettes pour réfléchir, nous préparer à la séance qui nous attendait.

Vraiment ? profère le doyen sur un ton peu convaincu. Croyez-vous vraiment que je sois disposé à avaler ces salades ? J’ai sous les yeux, résumant les faits en termes clairs, le rapport de Stephen, qui vous accable, inutile de le préciser. Irai-je jusqu’à vous en faire lecture ? La version des faits paraît incontestable, j’ai confiance en Stephen et je doute qu’il ait pu imaginer l’épisode ludique qui vous associait dans ce lieu suspect. Il prétend vous avoir surpris en pleine action ? Est-ce vrai, oui ou non ?
C’est parfaitement exact, Monsieur le doyen répond Conrad sans se démonter.
Donc, vous reconnaissez les faits.
Bien entendu, Monsieur le doyen. Stephen nous a vus, mais le sens de notre action devait complètement lui échapper. En fait, il n’a vu qu’un détail, assez banal et sans importance !
Comment, sans importance ? Enfin, expliquez-vous.
Stephen n’a rien compris. Ralph était angoissé. Je le sentais. J’ai pensé qu’il avait besoin se détendre. Je l’ai aidé.
En vous livrant sur lui... comment dire ? A des gestes ?
Oui, Monsieur le doyen. C’est tout à fait exact. On ne peut rien vous cacher.
Et vous, Ralph, êtes-vous d’accord avec le récit de votre camarade ? Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?
Je me suis gardé de démentir Conrad, ma tête n’a fait qu’un signe d’approbation. C’était ma façon de dire oui, et je n’ai rien ajouté. Puis le silence s’est installé, un silence lourd comme un aveu.
Bien, il suffit, je vois. Veuillez, messieurs, regagner vos places, là derrière mon bureau ordonne soudain le doyen.

Je comprends parfaitement, poursuit-il que de grands jeunes gens comme vous, pleins de vigueur et de santé, éprouvent de temps à autre le besoin de se détendre. C’est bien naturel mais il faut payer la note. Dans ces conditions, en plus de la correction sévère que vous allez recevoir sous peu, je prends la décision de vous soumettre, aujourd’hui même, à l’épreuve du chevalet !

Nous redoutons tous l’épreuve du chevalet car, bien qu’entourée de mystères, nous n’ignorons pas en quoi elle consiste, ceux d’entre nous accoutumés à la subir, n’ayant pu se garder de nous en détailler tous les secrets. Nous savons qu’elle est l’occasion de vraies séances de fessées cuisantes. Juste avant de la subir, les patients sont invités à revêtir la tenue requise, appropriée aux opérations, laquelle se compose invariablement d’un débardeur léger et d’un joli short échancré sur les côtés, coupé court dans un tissu soyeux. Court et sexy ! Les nouveaux, ceux qui viennent pour la première fois, sont conduits dans le vestiaire contigu pour s’y faire attribuer une de ces tenues adéquates, adaptée à leur taille, qui restera désormais la leur pour d’autres fois semblables, appelées, semble-t-il, à se renouveler. Une fois attachés aux bras du chevalet, les patients ont les yeux bandés afin d’être maintenus dans la plus complète ignorance de ce qui les attend...

Buste renversé bien au fond de son fauteuil directorial qu’il a dû faire rouler vers l’arrière pour permettre à sa jambe gauche de se replier avec aisance sur sa jambe droite, le doyen prend encore le temps d’allumer un épais cigare avant de s’emparer du rapport, préalablement placé au beau milieu de son bureau par une main attentive, puis, les sourcils froncés et les yeux plissés légèrement, afin d’élever vers les garçons de plus en plus intimidés un regard volontairement durci, il leur déclare solennellement : A présent, jeunes gens, venons-en à ces faits particulièrement graves qui vous sont reprochés. Tandis qu’il prend de plus près connaissance du récit des événements relatés par M. Schwarz, c’est à peine s’il parvient, au bout d’un moment, à réprimer le petit sourire qui vient trahir son amusement. Peut-être se rappelle-t-il, non sans une pointe d’émotion, les temps heureux de sa propre jeunesse où lui-même se livrait en compagnie de camarades à des farces semblables. Bien vite néanmoins il se ressaisit.

Bravo, messieurs, bravo. Je dois reconnaître que là... vous avez fait fort ! Cela mérite assurément une récompense digne des efforts déployés. Je vous garantis qu’il s’écoulera fort peu de temps avant que je n’aie entrepris de vous distinguer, oui, de vous décorer... avec les lanières de mon martinet ! Voyons, Conrad, dites-moi donc lequel d’entre vous a-t-il bien pu enfanter une idée aussi géniale ?

Personne, monsieur le doyen, enfin je veux dire tout le monde. C’était une idée collective, une idée de toute la classe, une idée que nous partagions tous, dont nous parlions souvent entre nous en évoquant les moyens de la réaliser. Et puis le miracle a eu lieu !

Comment, vous osez appeler cela un miracle ?

Conrad a raison. D’une certaine façon, c’en est un s’empresse de confirmer Philip. Et moi-même d’opiner dans le même sens.

Dois-je ainsi comprendre que vous vous reconnaissez pleinement et solidairement responsables de cette déplorable et minable comédie ? demande le doyen.

Notre réponse, unanime, ne se fait pas attendre : Nous le reconnaissons, monsieur le doyen.

Votre franchise vous honore et plaide en votre faveur. Certes, aucun élément ne peut encore établir avec précision lesquels, de vous trois ou de vos autres camarades, ont été les véritables réalisateurs de tout ce cirque, mais votre intention, elle, ne fait aucun doute. Et voilà justement ce qui me paraît le plus grave, que vous ayez alimenté l’idée d’un complot collectif ayant pour but de renverser l’autorité d’un de vos professeurs, et des plus estimables ! Non, cela, je ne saurai l’admettre. C’est pourquoi, sans préjudice des résultats de l’enquête que je mènerai par la suite, soyez en certains, en vue de démasquer les vrais coupables et de les châtier durement, je me vois contraint de sévir sur le champ, en vous gratifiant d’une bonne série de fessées que vous ne serez pas près d’oublier ! Courage, messieurs, préparez vos fesses ! Qui veut bien commencer ?

Si on tirait au sort, monsieur le doyen propose insolemment Conrad, feignant la désinvolture, comme s’il s’agissait d’un jeu.

Vous semblez oublier, cher ami, que dans le contexte assez défavorable de la situation qui est la vôtre en ce moment, c’est moi, et moi uniquement, qui fixe les règles. Aussi le sort vous a choisi pour être le premier. Veuillez vous agenouiller et baisser la tête ! ordonne sèchement le doyen puis, s’adressant à Philip et à moi, il ajoute : quant à vous, je vous invite à rester où vous êtes, dans la même humble position, afin de ne rien perdre du spectacle que nous voulons vous donner, Conrad et moi-même. N’est-ce pas, Conrad ?

Absolument, monsieur le doyen.

Le doyen se lève, opposant un froid silence à cette dernière réplique si dangereusement téméraire. Comme nous sommes à genoux, il nous paraît démesurément haut. Que cherche-t-il donc de si important sur les étagères de l’une des deux grandes bibliothèques dessinant à gauche l’un des angles de la pièce ? En effet, il en revient chargé d’outils de tailles variées et aux formes étranges, dont nous ne tarderons pas à comprendre et l’usage et la destination à mesure qu’il se rapproche de nous. Sans se hâter, en gestes précis, parfaitement ordonnés, il les dispose avec soin sur son bureau. Ce n’est rien moins qu’un ensemble de martinets numérotés, raquettes de ping-pong, roseaux flexibles, laisses, cravaches et autres claquettes en cuir, qui imposent le respect dès qu’on les voit.

Le doyen aime nous fesser, c’est plus qu’évident ! Salutaire intermède dans le cours de ses nombreuses obligations, cette activité qu’il pratique assidûment tous les après-midi à la façon d’un véritable sport lui procure, en effet, la détente dont il a besoin, et aucun jour de la semaine, dimanche inclus, ne saurait s’écouler sans que lui soit livrée son indispensable cargaison de jeunes derrières à rougir. Naturellement, M. Robert, le dévoué secrétaire, veille à la constance de cet approvisionnement, et il faut, de sa part, une organisation très attentive pour assurer, pratiquement sur un mois, une rotation équitable et satisfaisante de toutes les fesses à traiter. Quand parfois les collégiens se montrent ou trop sages ou trop appliqués, il est alors nécessaire de décréter d’urgence un resserrement draconien du règlement disciplinaire, afin que l’on puisse très vite, à nouveau, les surprendre en défaut.

On sait que le doyen s’apprête à opérer lorsque après avoir prononcé la sentence, il se lève enfin, ôte sa veste, puis retrousse avec soin les manches de sa chemise jusqu’à mi-bras, bien au-dessus du coude, donnant à voir des muscles magnifiques dont le volume annonce une puissance à faire crever d’envie plus d’un haltérophile. Enfin, atteignant le cercle des punis qui, prenant la mesure de ce qui les menace, attendent maintenant sans broncher, il place en leur centre un simple tabouret de bois rustique, sur lequel il se cale, dos très droit, en écartant légèrement ses jambes.

Le doyen a coutume de nous fesser d’abord sur notre fond de culotte. Il prétend que cela ajoute au sentiment de notre humiliation. Il préfère ainsi différer le moment suprêmement honteux du déculottage. Il est vrai que la punition n’en demeure pas moins efficace car les shorts que nous portons tout au long de l’année, même s’ils sont coupés dans une bonne toile de coton solide et résistante, ne nous assurent qu’une protection limitée, et de plus il est tellement facile de les retrousser !

Conrad est invité à faire le plongeon, autrement dit à coucher son svelte corps sur les cuisses du doyen, entrouvertes pour garantir son équilibre, offrant ainsi à nos regards, de la position où nous sommes, la vue rare et unique d’un bel arc de chairs tendres, harmonieux et souple. Pour obtenir une meilleure coopération de son puni, le doyen sait accorder le temps qu’il faut aux préliminaires par toute une technique d’effleurements et de caresses, inlassablement effectués de bas en haut puis de haut en bas sur l’intégralité de ses jambes nues, sans négliger de réveiller quelque peu la sensualité secrète de la victime qu’il fouille à l’entrejambe, d’une façon très humiliante.

Honteux, mais plus détendu grâce à ces gestes, Conrad y répond favorablement, et se cambre du mieux qu’il peut, signifiant qu’il est prêt. En observant la scène, il nous devient de moins en moins possible de freiner l’irrésistible ascension de la verge qui, faisant enfler notre braguette, rend ostensible notre émoi. D’ailleurs, les minutes qui vont suivre porteront même au paroxysme l’état de notre excitation. Je crains que le doyen ne finisse par s’en apercevoir et que cela ne lui fournisse des motifs de sévérité accrue dont il saura, le moment venu, user à notre encontre.

De ses deux mains, Conrad prend appui sur le sol et ses jambes demeurent en suspension de l’autre côté si bien que ses fesses, offrant un maximum d’exposition, apparaissent parfaitement moulées dans l’étoffe de sa culotte courte. Pour accentuer encore la vulnérabilité du garçon, il suffit au doyen d’écarter tant soit peu les jambes de celui-ci et de tendre davantage le tissu de son petit short. Une seconde encore... avant l’irrémédiable. Dans un geste ample, auguste et souverain, complètement invisible au puni, le doyen élève un bras puissant prolongé de sa main légèrement repliée qui présente des doigts fermes, comme soudés les uns aux autres. Puis c’est la chute. Une douleur indescriptible, précocement cuisante, envahit les fesses de Conrad. Le garçon ne dit rien, mais la second claque, arrivée par surprise, lui arrache un violent soupir.

Tends tes fesses !, gronde le doyen, offre-toi à la fessée !

Le tutoiement exceptionnel, dont use à présent le doyen, se révèle ici d’une efficacité certaine. Docilement, Conrad s’applique à creuser ses reins, poussant ses fesses à la rencontre de la main. La toile de son short est encore plus tendue, on dirait qu’elle va bientôt craquer. La troisième claque le contraint à se mordre les lèvres, les trois suivantes le font gémir, la septième et la huitième provoquent déjà ses hurlements, deux autres encore lui arrachent une plainte sauvage, et ce n’est encore qu’un début ! Car quatre nouvelles séries identiques se succèdent avec, entre elles, une simple pause d’environ dix secondes.

— Je saurai te dresser, moi.

— Oh, monsieur le doyen, pitié, pitié, ça fait si mal.

— Silence ! Tends tes fesses, tes supplications sont inutiles. Je n’ai jamais eu la faiblesse d’abréger la durée d’une seule fessée depuis trente ans que j’ai le bonheur d’en donner !

Trêve de commentaires, en effet. La fessée doit reprendre sonore et généreuse. Bientôt ivre de douleur, Conrad sent ses yeux se remplir de larmes ; il se tortille désespérément comme un beau diable croyant diminuer l’impact des claques, mais le doyen le retient de sa force herculéenne et, reprenant le contrôle de la situation, le maintient allongé en travers de ses cuisses, membres pendant de chaque côté. Il est grand temps pour le doyen de s’attaquer au short de Conrad, dont il déboucle la ceinture et déboutonne sans hâte la trop tentante braguette, pour l’abaisser jusqu’aux mollets. Conrad, le fier Conrad est à présent déculotté, exposé sans le plus petit rempart de vêtement sur les genoux d’un colosse qui, de toute évidence, se propose de lui flanquer une fessée magistrale, un pur chef d’oeuvre de fessée ! A nouveau, la main rugueuse du doyen explore doucement le terrain, palpant les muscles, s’engouffrant un moment dans la fente séparant les deux hémisphères au galbe parfait, jusqu’à la naissance des testicules. Soudain l’orage éclate sur les fesses de Conrad, bien vite saisies d’une frénésie de mouvements ondulatoires qui ne les quitteront plus. L’infortuné fessé, malgré ses entraves, voudrait se soustraire au feu qui le brûle. Il se tord dans tous les sens ; ses fesses alternativement contractées et relâchées, se soulèvent puis retombent ; comme une barque en pleine tempête elles roulent et tanguent sur les cuisses du doyen, si violemment que ce dernier se voit contraint de restaurer d’urgence l’immobilité de son puni en lui enserrant les jambes dans l’étau qu’il réalise à l’aide de sa propre jambe droite. Les claques qui tombent, de plus en plus fortes, de plus en plus lourdes, laissent les marques de la main du fesseur s’imprimer durablement sur la peau du fessé, puis toutes ces traces, sans cesse réactivées, ont tôt fait de se rejoindre et de se confondre en une seule et même teinte, rose d’abord, puis rouge tomate, puis lie de vin, contaminant l’ensemble du fessier du bas du dos jusqu’à l’amorce des cuisses. Ces dernières elles-mêmes ne sont pas à l’abri et virent bientôt au rouge le plus vif. Conrad pleure, hurle, supplie, mais le doyen n’en a cure. Par de formidables claques, qu’il espace volontairement à dessein de laisser la douleur le temps de dégager tous ses effets secondaires, il fait montre d’un puissant savoir faire et apporte une éclatante et vivante illustration de la fessée pratiquée comme l’art le plus savant et le plus rigoureux.

Après plusieurs dizaines de claques, quand tout lui paraît suffisamment rougi, le doyen met fin à la fessée. Conrad, cheveux en désordre et visage ravagé, ruisselant de larmes, étourdi, sonné, épuisé, est remis sur pieds, mais le doyen a la satisfaction de constater, en remontant sa culotte en toile, que la verge du jeune homme présente, au bout du gland, cette petite goutte d’humidité si caractéristique, signe manifeste d’un haut degré d’excitation atteint.

Notre camarade reprend place parmi nous et nous avons pour lui un regard rempli d’admiration. Mais l’heure est venue pour nous de souffrir également. Rassemblant notre courage, nous présentons nos fesses à la main du doyen, après nous être, selon le même protocole, allongés sur ses genoux. Vraiment, ni Philip ni moi ne pouvons être déçus. La punition qui nous est, à notre tour, infligée n’a rien d’un traitement de faveur et nous sommes très rapidement mis dans tous nos états. Pour ma part, je ne sais comment je puis encore, au bout d’un interminable quart d’heure, supporter ces innombrables séries de claques qui se plaquent sans relâche sur mes pauvres petites fesses déjà bien meurtries. D’un autre côté, je me console à la pensée de n’être pas venu pour rien et même je me dis qu’à la limite ça valait le dérangement. Quand je me relève, je demeure quelques minutes titubant à moitié, mais en dépit de mon émotion et des chaudes larmes dont s’inondent mes joues en feu, je suis plutôt fier de cette sensation persistante d’en avoir pris plein les fesses, appelée à m’accompagner dans les heures qui viennent.

Bien que le doyen ait donné à M. Robert des instructions formelles pour qu’on ne lui transmette aucune communication pendant tout le temps que doit durer la correction, le voyant rouge de son poste téléphonique lui signale un appel urgent. Il disparaît un moment dans le bureau du secrétaire afin d’y donner suite.

Profitant de cet intermède pour quitter le rituel garde-à-vous imposé après la fessée, nous nous dég